"Depuis toujours, sous leur ciel d'Orient quasi perpétuellement limpide, où tous ces joyaux d'or étincelaient de
tous leurs feux des nuits entières, ces gens (les Mésopotamiens) avaient été fascinés par les astres, dont ils avaient, des siècles et des siècles durant, observé, enregistré et étudié sans répit
les présentations et les rythmes. Non seulement la multitude des étoiles fixes et de leurs constellations, dont ils ont fini, au milieu du premier millénaire avant notre ère, par tirer une
séquence zodiacale, mais les grands lampadaires du Jour et de la Nuit, le Soleil, la Lune surtout, qui commandait à leur calendrier ; et les Planètes, enfin : Vénus, qu'ils appelaient Ishtar, du
nom de la déesse patronne de l'Amour ; Jupiter, l'Astre blanc ; Mercure, le Mouflon ;: Mars, l'Enflammé et Saturne, le Constant, dont ils pouvaient prévoir sans faute levers, cheminements,
absences et éclipses. Il n'est pas étonnant qu'ils y aient vu les pictogrammes les plus éclatants, dessinés, là-haut, par les dieux pour publier leurs décisions.
Jean Bottero
Vers le IVe millénaire av. J.-C., les humains se sédentarisèrent dans la zone appelée « le croissant
fertile ». Elle correspondrait actuellement à une grande partie du Moyen-Orient, à cheval sur plusieurs pays (Iran, Irak, Syrie, Jordanie,
etc…). La présence des fleuves, le climat, incitèrent l’homme à s’y s’installer et à y créer des villages, puis des cités (Ur, Elam,
Babylone…).
C’est plus particulièrement dans la région située entre le Tigre et l’Euphrate - la Mésopotamie (étymologiquement « entre les fleuves ») que naquirent les grandes civilisations à l’origine de l’astrologie. Mais c'est sans doute à la
contribution de toute une série de peuples que revient l'édification progressive de cette pratique : proto-Sumériens, Chaldéens, Babyloniens et Assyriens, comme le prouvent des documents écrits
retrouvés en Mésopotamie, notamment des tables planétaires gravées sur des briques.
Entre les IVè et IIIè millénaires avant JC, à l'époque sumérienne - au cours de laquelle fut mis au point le premier
système astrologique - on imaginait l'univers comme une immense boule creuse, composée de deux hémisphères : le Ciel, ou l'En-Haut, et l'Enfer, ou l'En-Bas. Selon la même interprétation du monde,
les Mésopotamiens avaient imaginé que les deux hémisphères se rejoignaient à l'horizon dessiné par la surface des eaux, desquelles émergeait la Terre. Ainsi, à leurs yeux et sous leurs yeux, les
étoiles et les planètes se déplaçaient naturellement de l'En-Bas vers l'En-haut et de l'En-haut vers l'En-Bas, au-dessus et au dessous du plan de l'horizon de la surface de la mer, dans cette
grosse boule universelle au centre de laquelle se trouvait la Terre.
D’après ces théories la Terre est le centre de l’Univers et les autres astres se déplacent autour d’elle. Une vision qui
va perdurer très longtemps !
Le jour était divisé en 12 parties égales divisées à leur tour en 60 parties. Ce chiffre 12 a permis de définir l’année
avec ses 12 lunaisons et signes, et les journées avec leurs 12 heures qui deviendront les maisons.
Une astronomie objective, consignant soigneusement les positions des planètes, est déjà bien établie au VIIIè av. J.C.
Elle s’accompagne de prédictions et présages concernant intempéries, récoltes, guerres, souverains et événements publics.
On a retrouvé à Ninive, dans la bibliothèque d’Assurbanipal (669-626 av. JC) une série de tablettes contenant la
description des douze signes du zodiaque et des 36 décans, les éclipses du Soleil et environ 7000 présages relatifs à l’économie du pays et aux événements publics. En voici un exemple :
« En ce jour, la planète Mercure est visible. Quand Mercure est visible au mois de Kislou’, il y aura des voleurs dans le pays ». On interrogeait les astres pour savoir quel était le
moment le plus favorable pour une récolte, la construction d’un temple, l’invasion d’un territoire, ou tout autre événement public. Une configuration pouvait aussi annoncer la mort d’un roi, être
étudiée pour choisir une date favorable pour le mariage d’un prince, etc…
Chaque astre correspond à un dieu. Shamash-Soleil était fils du dieu lunaire Sin, ce qui montre l’origine lunaire du
repérage temporel et des calendriers. Ishtar-Vénus était vénérée comme dieu de l’amour. Ninurta-Mars était le dieu de la guerre. Nabu-Mercure est le dieu des connaissances, et Nergal-Saturne
était lié à la justice et à l’ordre. Au sommet de cette multitude de divinités, régnait Marduk-Jupiter, qui assurait la direction du Panthéon, et la maîtrise sur tout l’Univers pour avoir battu
Tiamat, l’intraitable et sauvage déesse du chaos.
Les Mésopotamiens n’ont jamais cru que les astres en tant que tels exerçaient une influence sur la vie des hommes. Ils
pensaient qu’étoiles et planètes étaient associées avec des dieux ou étaient elles-mêmes des dieux, D’autres peuples conçurent des idées similaires,
mais seuls les Mésopotamiens insistèrent sur les planètes et les étoiles comme indicateurs de la volonté divine.
A partir du Vè siècle av. J.C. les Babyloniens furent en mesure de calculer précisément les positions de la Lune. Ils
utilisèrent alors le cercle gradué en 12 parties de 30° qui correspondent au zodiaque tropique (fondé sur les saisons). Alors que le zodiaque sidéral (fondé sur les constellations) date de
l’époque d’Hammourabi vers 1.700 av. JC.
C'est sous le règne de Nabonossar (747-734 av. J.-C.) qu'apparurent les premiers "Ephémérides astronomiques" consignés de manière
régulière. Ces observations, facilitées par un climat particulièrement propice (« leur lot du ciel reste toujours loin des nuages et des pluies », écrivait Platon),
allaient au delà de l'étude de la Lune et du Soleil. Elles concernaient aussi les planètes et les étoiles.
La précession des équinoxes, décalage entre zodiaque tropique et zodiaque sidéral, était alors connue des Babyloniens,
qui cherchèrent à compenser ce phénomène en décalant le début de l’année. Dès le IVè siècle av. JC, ils créèrent des éphémérides – sortes de manuels inscrits sur des tablettes d’argile
- qui indiquaient l’emplacement des planètes et des luminaires. A partir de ce moment, certains savants se désintéressent du sujet, puisque ce qui
est clairement prévisible ne saurait être la manifestation de la volonté divine.
Le développement des techniques de l’astrologie mésopotamienne traversa donc trois phases :
ü La première s’appuie sur les relevés de présages décrits plus haut.
ü La seconde est similaire, mais l’écliptique est reconnu, et divisé en douze signes. Une grande attention est accordée aux séjours de Jupiter (un signe par
an).
ü La troisième voit l’apparition de l’astrologie appliquée aux individus. Ces présages de naissance exposent la concomitance d’un événement céleste et d’une
naissance. Ils énoncent les conséquences pour l’individu du phénomène constaté, dans le domaine de la réussite sociale, de l’espérance de vie….
Une catégorie particulière du clergé, les prêtres-devins, développa un art divinatoire basé sur une connaissance très précise du
mouvement des corps célestes, en relation avec les épisodes divers de la vie humaine. Cette science demeura longtemps hermétique et voilée de mystère, réservée à un cercle restreint d'initiés et
privilège des souverains et de l'aristocratie. Les astres sont les signes envoyés par les Dieux, désireux d’informer les humains de leurs décisions.
Ces prêtres astrologues observèrent que le mouvement apparent du Soleil de la Lune et des étoiles se situe dans la bande
du ciel appelée l’écliptique, cette sorte de ceinture autour de la Terre, et qu’il traverse chaque mois une constellation d’étoiles fixes différente. De là sont nés les 12 différents signes,
formant ce que l’on a appelé le Zodiaque – la roue des animaux. Ils conservaient des statistiques détaillées sur les mouvements respectifs du Soleil, de la Lune et des planètes. Ils étaient
capables de prédire approximativement les éclipses – sans pour autant en comprendre la cause. Ils précisèrent le temps écoulé entre deux pleines lunes comme étant légèrement supérieur à 29
jours½.
Derniers Commentaires