Faire connaître l'astrologie, les tarots, la numérologie, merveilleux outils de la connaissance de soi et des autres, de notre place dans le cosmos, et des grands cycles qui régissent notre existence.
Vous aimez-les chats ? Moi aussi. Voilà pourquoi j'ai écrit l'histoire authentique de TOTO.
Le début ci-dessous - le reste à suivre ultérieurement, si on me le demande gentiment !
Cet hiver là fut tout particulièrement froid. Ce fut aussi le premier hiver que les soldats allemands passèrent sur le front russe, le premier hiver de l’opération Barbarossa, celui de 1941. Ils ne savaient pas encore que ce front verrait, à terme, leur perte, et l’effondrement du Reich. Mais ils se trouvaient confrontés à un climat terrible, auquel ils n’étaient pas préparés et pour lequel ils n’étaient pas équipés.
Le régime allemand avait prévu une Blitzkrieg, comme pour les opérations menées à l’encontre de la Pologne et de la France. Une ligne de front devait être établie de Leningrad à la Volga avant l’hiver, mais les choses ne s’étaient pas passées exactement comme prévu, et la victoire fulgurante s’était transformée en embourbement dans la « raspoutitsa* » de l’automne, puis dans la neige et le froid, un froid exceptionnel et meurtrier. Les températures passèrent de moins 12° le 12 novembre à moins 20° le 14, puis moins 34° le 1er décembre, pour atteindre le record de moins 52°. Un avant goût de l’enfer, un enfer glacé et nocturne, la durée du jour n’étant plus que de quelques heures par jour.
Mes grands-parents et ma mère vivaient alors dans une grande maison dans l’Ouest de la France. La vie quotidienne était difficile : denrées alimentaires rares et rationnées, bois et charbons rarissimes, et par dessus le marché un hiver aussi peu clément que possible, même si ses rigueurs n’avaient rien de comparable à celles de l’hiver russe.
Pas de possibilités de s’approvisionner au marché noir quand on n’avait rien à échanger, et la retraite d’officier de mon grand-père ne leur permettait pas ce genre d’approvisionnement.
Au lycée, où la mère était élève, le rationnement était terrible : peu de viande, de produits laitiers, un bonbon ou une cacahuète de temps à autre comme dessert (je me demande bien d’où venaient les cacahuètes), ou une misérable cuillerée de confiture. Toutes ces demoiselles avaient des silhouettes de rêve, car à la pénurie alimentaire s’ajoutait l’exercice physique : vélo, marche à pied. Elles se débrouillaient pour rester féminines et élégantes : on retricotait les pull-over, on taillait des chemisiers dans les rideaux, et on se dessinait de fausses coutures de bas sur les jambes pour imiter des bas de soie.
Deux chats – plus précisément une chatte déjà un peu âgée, et son fils, un beau gros matou tigré - vivaient avec la famille. Pendant cet hiver si glacial, une dérogation importante à leurs conditions de vie habituelles fut apportée : ils eurent le droit de coucher dans la maison, et y furent même fortement encouragés, en qualité de chauffage d’appoint. A la campagne, les chats dorment dehors, et trouvent toujours un endroit où s’abriter. Mais là, de façon tout à fait exceptionnelle, ils furent même réquisitionnés pour dormir dans les lits. Comment résister à l’idée d’utiliser ces petits corps souples et soyeux comme bouillottes ? Dans ces temps troublés, dormir avec un doudou vivant, souple et chaud, c’était à la fois rassurant et confortable, presque un luxe. Leur chaleur s’ajoutait à celle des édredons de duvet, ces gros édredons volumineux et moëlleux, recouverts d’une satinette bleue ou jaune bouton d’or, qu’on trouvait alors dans toutes les maisons à la campagne. Le plus mauvais moment était celui où il fallait se déshabiller dans les chambres glacées et se glisser dans des draps à peine réchauffés par une bouillotte d’eau chaude, ou une brique mise à chauffer dans le four d’une antique cuisinière à bois et charbon.